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kissing through glass

Jiří Kovanda: Kissing Through Glass   

 C'est un maître des performances furtives, des happenings discrets. Dans le Prague communiste de sa jeunesse, il manifestait sa différence avec des petits évènements urbains que nul ne pouvait soupçonner, qui pouvaient passer pour des accidents banals, mais qu'il documentait soigneusement et qui étaient parfois photographiés. Il s'appropriait l'espace public, brisait pour un instant la bulle à l'intérieur de laquelle les passants praguois évoluaient, il dérangeait imperceptiblement, bâtissant ces relations éphémères avec ses concitoyens : marchant dans la rue les bras écartés, bousculant un passant sur deux, regardant fixement son voisin dans l'escalator, courant soudainement.

Aujourd'hui ses performances se pratiquent non plus anonymement dans les rues d'une ville grise, mais dans des centres d'art et musées, avec annonce, photos, critiques, le tout bien inséré dans le monde de l'art. Le programme Playtime à Bétonsalon, qui vient de se terminer, était plein d'œuvres discrètes, de performances à peine visibles. Comme il l'a déjà fait trois ou quatre fois (dont celle-ci à la Tate), Jiri Kovanda embrassait les passants sur la bouche, à travers une porte vitrée : dérangement modéré, aseptisé, sans risque, inscrit dans l'espace, questionnement de l'intime et du public (Kissing through Glass).

 Pour cette performance, l'artiste se tiendra dans l'espace de l'exposition, derrière une vitre ; une pancarte supportera la note suivante : « Jiří Kovanda se tiendra derrière la fenêtre, et vous invite à l'embrasser à travers la vitre ». Même si le verre constitue une barrière physique, le baiser entraîne des réactions diverses de la part des spectateurs : hésitations, rougissements, sourires... à l'image de jeu de regard et de reflet qui se jouent dans les pavillons de Dan Graham. Le baiser hygiénique, filtré, est une critique de l'idéal de transparence du verre : elle rend possible l'observation, le passage de la lumière, sans permettre un contact physique ou sonore direct. Dans une scène de Playtime de Tati, un passant demande du feu à un portier, qui lui fait signe de rentrer, la glace empêchant toute sorte de relation.
Dans une parenté d'esprit avec la philosophie d'Emmanuel Levinas, cette action symbolique de l'amour crée un espace ouvert à l'autre, dans un contexte d'individualisme. Ce n'est pas la première fois que l'artiste utilise le baiser : dans Kiss (1976), il demande à un couple de s'embrasser les pieds dans le béton, puis il les prend en photographie et note ses observations sur une feuille de papier.
Jiří Kovanda, dans les années 1970, a une pratique de la performance discrète, quasi invisible, ses actions minimales visent à perturber les usages de l'espace social : frôler les passants en marchant dans la rue, quitter une discussion en courant. « Je ne fais qu'utiliser ce qui existe déjà », assure l'artiste.

Né en 1953 à Prague, où il vit et travaille. Le collectif de commissaire Work Method, a organisé une exposition en 2006 à la Galerie gb agency, intitulée Jiří Kovanda versus the rest of the world, tentative de rapprochement. Cette œuvre a été présentée à la Tate Modern de Londres, et sa documentation a été achetée par le Frac Lorraine. 



Article ajouté le 2008-10-16 , consulté 110 fois

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